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October 04, 2010

27°09S 109°27’O

Sise aux confins du monde, l’Ile de Pâques hante encore et toujours l’imaginaire commun. Le musée Pointe-à-Callière ne s’y est pas trompé en lui consacrant une grande exposition, regroupant pas moins de 200 artéfacts en provenance de musées du monde entier, qui devrait à coup sûr drainer les foules. Dans un espace qui, à l’évidence, ne s’y prête pas…



Une après-midi de semaine comme les autres à Montréal, à ceci près que nous sommes en été et que les touristes sont nombreux. 13 heures, Pointe-à-Callière. D’emblée, l’espace d’exposition marque par son caractère étriqué : une plate-forme octogonale bondée ; des visiteurs faisant patiemment la queue, espérant visionner les vitrines suivantes ou déchiffrer les cartels masqués ; une seule porte faisant office d’entrée et de sortie. La visite ne s’annonce pas des plus tranquilles.

Conscients de la spécificité de l’espace, les curateurs ont pourtant redoublé d’ingéniosité pour faciliter la déambulation ou, devrais-je dire, la circumambulation ! Ainsi, le panneau d’introduction, adjoint d’une pagaie vernaculaire, nous invite à embarquer pour l’île, laquelle est symbolisée par la projection, en partie centrale, d’un moai autour duquel s’organise l’exposition giratoire. Peu convaincant…


Les débats muséographiques et muséologiques ne sauraient, toutefois, affecter la qualité de cette exposition. Les objets rassemblés forment un ensemble représentatif des différentes productions insulaires, permettant d’aller au-delà de l’image carte-postale : pas de moai monumental de tuf tels que ceux du British Museum et du Louvre ; en revanche, des pétroglyphes, statuettes monoxyles, « étoffes » tapa, coiffes et outils nous sont donnés à voir comme autant d’illustrations des mythes, rites et pratiques de cette société.

Textes explicatifs et médiateurs disponibles et compétents complètent à merveille le dispositif muséographique. Vous ressortirez instruits de ce voyage imaginaire !

ÎLE DE PÂQUES
Métro Place d'Armes
Du 8 juin au 14 novembre 2010

« Des perles incontrôlables suintent hors les murs. »

Fort de sa riche Collection Borduas, le Musée d’Art Contemporain (MAC) de Montréal consacre une rétrospective à l’artiste décédé il y a 50 ans. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir son Œuvre au fil d’un parcours visuel chronologique et représentatif de l’évolution de sa pratique picturale.

L’exposition s’ouvre par quelques gouaches sur papiers et huiles sur toile du début des années 1940, parmi lesquelles on note la présence d’un Chantecler (1942), sans que l’on ne sache s’il s’agit là d’une référence à Rostand. Les compositions sombres marquent par leur caractère fermé. La figure y est encore présente, traitée en grands aplats ceints de traits noirs, à l’instar des productions Nabi. Déjà les formes s’évanouissent, laissant place à des motifs abstraits.


Aux confins des années 40 se dessine un véritable tournant dans la carrière de l’artiste. Thuriféraire du mouvement Automatiste, Borduas rédige le Manifeste du Refus Global, publié le 9 août 1948. Plus qu’un simple traité pictural, le texte exhorte le peuple Québécois à changer son mode de vie du tout au tout : exit l’esprit utilitaire sociétal ; exit l’Eglise responsable de tant de maux. Place à la « magie », à « l’amour » et aux « mystères objectifs » ; à une transformation en profondeur de l’art pictural, « réserve poétique » au sein de laquelle l’émotion doit pénétrer.

Dès lors, Borduas délaisse le figuralisme au profit de compositions picturales inspirées techniquement et plastiquement de la scène américaine contemporaine. Les toiles s’agrandissent ; la matière se déploie sous le couteau de l’artiste ; les couleurs se font plus vives, les compositions plus ouvertes et éclatées.

Toutefois, ce florilège de couleurs ne dure qu’un temps et, quelques années plus tard, le blanc domine, ponctué de ci de là par des tâches noires. Ces dernières conquièrent progressivement l’espace pictural pour finalement y asseoir leur prépondérance. C’est alors que prend fin la vie de l’artiste, non celle de son Œuvre.


De fait, sa postérité est nombreuse : beaucoup de peintres québécois et canadiens s’en réclament. L’équipe curatoriale dirigée par Josée Bélisle en a sélectionné quatre (François Lacasse, Guy Pellerin, Roland Poulin et Irene F. Whittome) qui, outre la présentation de certaines de leurs œuvres, furent étroitement associés au choix des tableaux de Borduas.

Cette démarche contrapuntique, fondée sur la pluralité des points de vue, ne peut qu’être saluée et participe d’une réflexion plus globale sur la manière de concevoir une rétrospective. Celle dont il est question est sans nul doute réussie.

BORDUAS : « Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes »
MAC Montréal
Métro Place des Arts
Du 24 avril au 3 octobre 2010